Au tournant des années 90, le milieu rock est en crise identitaire (pour certains, il l'a toujours été, pour d'autres, jamais ; c'est un éternel débat). Le punk rock s'assouplit et finit par gagner les masses par l'apport du rock alternatif, et plus précisément du grunge, lequel est un complexe d'influences prenant autant dans les sixties avec le Velvet Underground, que les seventies avec les Stooges, Black Sabbath, et les Ramones, puis les eighties avec Sonic Youth, Husker Du, The Replacements, ou les Melvins. On a déjà un mouvement "proto-rétrospectif" dans les eighties, puisque beaucoup de groupes cherchent à adapter les années 60 et 70 au punk rock, lui-même se voulant fidèle au rock'n'roll sévissant depuis les fifties. Mais en cette dernière décennie du XXIème siècle, cette "nostalgie" parvient à s'accaparer le fleuve principal de la musique, grâce aux efforts notables de Soudgarden ou Alice in Chains, que l'on peut considérer comme les nouveaux Led Zeppelin et Black Sabbath. De cet engouement naîtra Kyuss, progéniture artistique de Blue Cheer. Dès 1992, ils obtiendront une couverture sur MTV, aidant le stoner rock/metal (véritable mouvement rétrospectif des seventies réactualisé) à émerger. De leur succès s'élèveront des pelotons comme Orange Goblin, Nebula, Red Fang, ou enfin Lowrider, venus de Suède.
Bien que la scène suédoise ne soit pas si prolifique, on a de grands noms marquants tels que Candlemass durant les eighties. Le désormais très célèbre Michael Amott, fondateur d'Arch Enemy, est aussi le leader des Spiritual Beggars, inaugurant le stoner dès 1992 dans le "pays allongé". En 1997, se forme Lowrider autour de Peder Bergstrand (basse et voix), Andreas Eriksson (percussions), Niclas Stalfors (guitare rythmique), et Ola Hellquist (guitare principale et voix). On ne dispose pas d'informations détaillées sur le bourgeonnement de Lowrider. On sait que l'année suivant l'élévation du groupe est concrétisée par une signature de longue durée avec MeteorCity Records enthousiaste d'une démo envoyée par les suédois, qui permet la réalisation d'un split avec les compatriotes de Sparzanza. Un second split aux côtés du génial Nebula paraît en 1999. Enregistré et produit par la bande elle-même en novembre 1999, "Ode to Io" voit le jour en septembre 2000.
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| Couverture de la réédition de 2020. |
Majoritairement créées par Peder Bergstrand, ces pistes ensablées (en référence à la scène "desert rock" à laquelle Kyuss est rattaché) inoculent un psychédélisme mêlé d'une robustesse brute. "Caravan" et l'élasticité grasse de ses riffs, "Flat Earth" et sa vitalité suivie d'une interlude très bluesy, "Convoy V" et ses rythmiques lancinantes déboulant sur un excellent break très sabbathien sont autant d'éléments certes caractéristiques de Kyuss, mais diablement entêtants et efficaces, maintenus par une production très claire. "Sun Devil" est un excellent intermède qui aurait pu s'étendre un peu plus ; le trio de "Anchor" , "Texas", et "Riding Shotgun" est selon nous le moment le plus mémorable du florilège ; "Anchor" est desservi par un refrain spatial, accompagné par les percussions dynamiques d'Andreas Eriksson, lequel a admirablement bien mixé l'album. "Texas" et son inauguration rituelle, se poursuit par une jouissive seconde partie très marquée par Soundgarden. "Riding Shotgun", peut-être le titre le plus original et groovy de l'album, aurait facilement pu servir de single promotionnel, tant sa réalisation est entrainante. Le jam final du morceau éponyme nous renvoie particulièrement aux autres Blue Cheer et Buffalo.
Lowrider disparaît en 2003, sans avoir vraiment fait bénéficier "Ode to Io" d'une promotion suffisante. Il n'empêche qu'à la suite de leur dissolution, un intérêt grandit d'année en année, poussant les membres de Lowrider à se reformer dix ans plus tard, en 2013, pour jouer quelques dates au festival stoner DesertFest. A cet instant, ils se sont aperçu avec étonnement l'attachement croissant de leur première offrande. 2014, est l'année de leur invitation au Hellfest, suivie d'une officielle remise sur pieds de la bande suédoise dès 2017. En 2020, l'engouement suscité par "Ode to Io" a conduit a une obligatoire réédition de ce disque par Blues Funeral Recordings (laquelle inclut les titres des deux split précédant l'album), la même année que la composition d'un nouveau disque logé au même catalogue, nommé "Reflections". Enfin, octobre 2024 verra l'accouchement d'un troisième split avec les anglais d'Elephant Tree. On peut donc aujourd'hui constater la vigueur de la troupe suédoise tributaire de Kyuss. "Ode to Io" n'est pas juste une copie des californiens de la scène Palm Desert, c'est une superbe continuation passionnée qui n'est pas sans identité propre. Avec une qualité d'écriture pareille, on ne peut que recommander l'ajout de ce disque dans toute discothèque stoner digne de ce nom !
9/10



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